Trouver une reine

Qu’est-ce qu’une reine ?

Tout d’abord, il faut savoir que chez les fourmis, il n’y a qu’une ou quelques fourmis (les reines) par fourmilière qui sont capables d’engendrer une descendance. La plupart des fourmis que vous pouvez voir dans la nature sont en fait des ouvrières. Chez la plupart des espèces de fourmis on parle alors de colonie monogyne pour signifier qu’il n’y a qu’une seule reine (« mono », du grec « seul » et « gyne » du grec « femme »). D’autres espèces sont appelées polygynes quand elles peuvent avoir plusieurs reines par colonie. Si on essaie de mettre ensemble deux reines qui fondent des colonies monogynes, elles se battront jusqu’à la mort de l’une d'entre elle.

Une reine est donc une fourmi reproductrice qui peut vivre jusqu’à plusieurs dizaines d’années et qui ne se fait féconder qu’une seule fois dans sa vie, lors de l'essaimage. Elle pourra pondre plusieurs types fourmis : des princesses (futures reines une fois fécondées), des mâles (qui ne servent à rien dans la colonie et qui meurent peu de temps après les essaimages), et les ouvrières (des asexuées).

Les mâles et futures reines possèdent des ailes dès la naissance. Ces ailes leur seront utiles lors de l’envol nuptial qui n’a lieu qu’une seule fois dans leur vie. Les mâles mourront rapidement après s’être reproduis. Les reines maintenant fécondées vont alors atterrir et s’arracher les ailes avant de commencer à s’installer dans un coin sécurisant pour pondre leurs premiers œufs.

Fourmis ailées mâles et femelles et ouvrières peut de temps avant un envol nuptial

Comment reconnaître les reines fourmis ?

A ce stade, vous pensez peut-être qu’il sera simple de savoir si vous avez trouvé une reine, car vous vous dites sûrement qu’elle aura des ailes. N’oubliez pas que les reines se les arrachent presque immédiatement après s’être posées sur le sol. Si vous trouvez des reines encore ailées, nous vous conseillons de ne pas les prendre car la probabilité qu’elles soient fécondées est très faible. Il vous faudra donc réussir à détecter des reines sans ailes, souvent éparpillées dans la nature à côté d’autres espèces de fourmis plus ou moins grandes.

La mâle fourmi est beaucoup plus petit que la reineLa reine fourmi s'arrache les ailes juste après l'envol nuptial

Une reine est généralement (tout dépend des espèces) plus grande que les ouvrières de la même espèce. Un élément principal vous aidera à les reconnaître au premier coup d’œil avec un peu d’entrainement : la taille du thorax qui est bien plus importante.

Le thorax des reines est bien plus élevé et volumineux

Compartivement, voici des photos de deux castes d'ouvrières : les minors (les ouvrières "de base") et les majors (les ouvrières plus massives). On remarque un thorax bien plus fin et sans "plastron".

Le thorax des ouvrières est bien plus fin et élancé que celui des reinesLe thorax des ouvrières est bien plus fin et élancé que celui des reines

Pour terminer sur la reconnaissance des reines, retenez qu'un mâle reste bien plus petit que la reine. Il peut même être confondu avec un petit moustique - son rôle n'étant que de fournir des spermatozoïdes aux reines lors de l'essaimage. Ces mâles ne s'enlèvent pas les ailes une fois ce dernier terminé, ils vont errer quelques temps et finir par mourir. Ils ne sont d'aucune utilitée dans une fourmilière. Enfin, la reine est également reconnaissable par ses cicatrices allaires que l'on remarque sur les bords de son thorax une fois qu'elle a arraché ses ailes. Elle possède également toutes des ocelles sur la tête qui ressemblent à des sortes de boutons positionnés en triangle.

La reine est bien plus grande que le mâleLes reines fourmis possèdent trois ocelles organisés en triangle sur leur tête

Les ocelles sont des sortes d’yeux que seuls les sexuées (mâles et femelles) possèdent. Il s’agit de trois petits yeux disposés en triangle sur le vertex (partie supérieure au front) qui sont sensibles aux rayons infrarouges, ce qui leur permet de détecter les sources de chaleur.

Identifier le genre et l'espèce de la reine : une fois une reine trouvée, et si vous n’avez pas encore la capacité de déterminer vous-même de quelle espèce il s’agit, il vous suffira de vous rendre sur le forum, et de faire une demande d’identification.

Les espèces pour débuter

D’aucuns diront qu’il faut commencer par les espèces basiques par excellence, telles que les Lasius spp. (les fourmis les plus répandues dans le jardin, les fameuses petites « fourmis noires » ou « fourmis jaunes »). Cependant, avec un peu de lecture et si vous avez la fibre de l’éleveur, rien ne doit vous arrêter dans le choix d’une espèce. Le forum est également là pour vous aider si besoin.

Sachez cependant que certaines espèces peuvent peut-être vous déplaire par la lenteur de leur développement à leur début, ou alors leurs besoins alimentaires tels que :

  • Les Aphaenogaster spp. : ces fourmis n’ayant pas de jabot social (sorte d’estomac de réserve permettant de régurgiter par trophallaxie (le « baisé » des fourmis) la nourriture qu’elles ont pu trouver), il faudra leur prévoir un peu de sable afin qu’elles puissent transporter les liquides sucrés à l’intérieur de la fourmilière pour y nourrir la reine et leurs autres congénères.

Fourmis Aphanogaster senilis

  • Les Camponotus spp. : vous devez simplement savoir que les espèces du genre Camponotus, bien que souvent impressionnantes et magnifiques sont beaucoup plus longues à se développer. Si vous partez d’une reine seule, il se peut que vous ayez quelques soucis pour les faire fonder.

Fourmis Camponotus ligniperdus

  • Les fourmis exotiques : celles provenant de l’extérieur de l’Europe. Il vous faudra en apprendre plus sur leurs comportements parfois totalement différents des espèces européennes avant de vous lancer. Certaines demandent de grandes installations pour leur élevage.

Tous ces avertissements ne sont pas là pour vous interdire de commencer l’élevage par ces espèces, faites comme bon vous semble, soyez juste informé des espèces que vous souhaitez élever pour ne pas avoir de mauvaises surprises.

D’autres espèces sont plus pratiques à élever, soit parce qu’elles pardonnent bien les erreurs et catastrophes, soit parce qu’elles se développent rapidement :

  • Les Crematogaster spp. : il en existe trois espèces en France, mais les plus communes dans les élevages sont les scutellaris. Excepté une fondation très lente, cette espèce souvent surnommée "fourmis as-de-pique" par leur gastre en forme de "pique" connaît ensuite une croissance exponentielle pour peu qu’elles reçoivent assez de protéines animales pour le développement du couvain.

Fourmis Crematogaster scutellaris

  • Les Messor spp. : ce genre est très apprécié car il s’agit d’un des rares genres granivores qui, de plus, a un développement relativement rapide ainsi que la présence de plusieurs castes (minor, média, major).

Fourmis Messor barbarus

  • Les Lasius spp. : il s’agit de la fourmi la plus commune. Ce genre possède de nombreuses espèces, beaucoup sont dépendantes mais on retrouve beaucoup d’emarginatusniger et flavus dans les élevages. Ces espèces se remettent bien des problèmes qui peuvent arriver lors d’un élevage (inondations, manque d’humidité, trop forte chaleur ou trop fort froid etc.).

Fourmis Lasius emarginatus

  • Les Myrmica spp. : ce genre nécessite beaucoup d’humidité mais se développe bien. Ces fourmis sont assez agressives et plutôt grandes (autour de 5-6mm). De plus elles sont polygynes.

Fourmis Myrmica ruginodis

  • Les Tetramorium spp. et Pheidole spp. : de petites fourmis très semblables et au développement rapide. Cependant elles sont assez petites. Les Pheidole spp. ont la particularité de posséder des soldats.

Fourmis Tetramodium semilaeveFourmis Pheidole pallidula

  • Les Formica spp. : ce genre est souvent représenté par les Formica rufa, ces fourmis des bois qui construisent de grands dômes. Mais il existe bien d'autres espèces (plus petites).

Fourmis Formica polyctena

Quand et où trouver une reine

On ne peut pas trouver des reines à toutes les périodes de l’année. De plus, on ne retrouve pas toutes les espèces à côté de chez soi car elles ne vivent pas toutes dans le même biotope.

Sur le forum en vente/don/échange

Vous pourrez trouver, dans la partie Adoption des fourmis, des gynes et petites ou grandes colonies que les membres de la communauté souhaitent donner, échanger ou vendre. C’est sûrement ici que vous trouverez les meilleures offres.

Sur les sites de ventes

Il existe de nombreux sites de ventes de fourmis sur internet vous proposant toute l’année de grandes variétés de fourmis. Sachez cependant qu’il faudra sûrement y mettre le prix. Il est donc préférable de passer sur le forum faire une demande au préalable.

Dans la nature lors des essaimages

Bien évidemment, la nature est le lieu premier d’où proviennent toutes les reines que vous pourriez acheter. La recherche de gynes est aussi palpitante que la pêche (il faut être patient). Vous pouvez tomber sur des essaimages en pleine ville, dans votre jardin, dans la forêt, dans les champs, près des chemins…

Envol nuptial spectaculaire de fourmis lors de la période des essaimages

Les essaimages ont lieu du printemps à l’automne, souvent lorsque le temps est lourd, avant ou après une légère averse. En effet, la pluie chasse les oiseaux, donnant ainsi plus de chance aux futures reines de survivre un peu plus longtemps. De plus la terre sera un peu plus meuble, permettant aux reines de creuser leur chambre de fondation. Les meilleures heures pour tomber sur un essaimage sont entre 15h et 22h. Ces informations ne sont que des moyennes et vous pourrez très bien tomber sur des essaimages à d’autres périodes, lors de temps différents et à des heures plus tardives ou plus matinales.

Le prélèvement dans la nature

Le prélèvement est un autre moyen de trouver des reines. D’aucuns vous diront qu’ils surnomment cela du "pillage" afin d’y montrer une connotation immorale. Mais ce ne serait pas la première fois que les hommes se servent dans la nature. Tout le monde a sûrement déjà utilisé de l’anti-fourmis ou détruit de nombreuses colonies en faisant son jardin, quid des constructions de bâtiments, de routes, etc. ? Le prélèvement dans la nature est donc un moyen plus ou moins risqué de trouver des reines qui ont déjà fondé une colonie. Ne cherchez pas à creuser un nid pour espérer tomber sur la reine, il n’y a quasiment aucune chance que cela arrive. Les nids sont souvent profonds et la ou les reines sauront fuir dans le lieu le plus sûr. De plus, la terre risque de les écraser. La seule façon possible de trouver des reines par prélèvement et de soulever quelques pierres, parfois, surtout dans une journée ensoleillée, vous pourrez trouver les reines en train de se réchauffer en dessous.