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Un programme Européen afin de protéger les derniers visons d'Europe

Mercredi 20 juin 2018, 20:07 Julie
Un programme européen débute pour tenter de sauver les derniers visons

Il débute pour tenter de sauver les derniers visons

Vous n'en avez sûrement jamais croisé, car il vit la nuit, mais le vison est un petit mustélidé ne pesant pas plus de 1 kg et mesurant environ 50 centimètres de long, il risque de disparaître si nous n'agissons pas maintenant.

Présent autrefois un peu partout sur le continent européen, même jusqu'au nord de la Russie, il se fait aujourd'hui de plus en plus rare, au point d'être classé par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) comme espèce en voie d'extinction. Ingrid Marchand, chargée de mission à la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) explique : 

"Chez nous, c'est vraisemblablement sur les bords de la Charente qu'on estime garder une population importante du fait notamment du réseau d'espaces classés Natura 2000 et de l'absence d'une espèce invasive, le vison d'Amérique."

Mais il ne resterait cependant plus que 250 individus entre les Landes et la Charente

La LPO ne s'intéresse pas seulement à la protection des oiseaux, mais elle a décidé de se spécialiser dans la gestion des milieux naturels. 

"Or, le vison d'Europe est une espèce dite parapluie, c'est-à-dire que sa présence implique un milieu naturel sain qui profite aussi à d'autres espèces dont les oiseaux".

Ingrid Marchand est depuis ce printemps en charge d'un programme européen, LIFE, de 4 millions d'euros destinés à améliorer les chances de survie de l'espèce sur les bords de la Charente, des marais de Rochefort jusqu'au-delà d'Angoulême. Un projet de réhabilitation qui s'achèvera en 2022. 

Le vison (Mustela Nutreola) est une espèce semi-aquatique, carnivore. Il se nourrit d'oiseaux, de rongeurs, et d'amphibiens, ce n'est donc pas son régime alimentaire qui le met en danger mais la dégradation des milieux boisés proches des rivières, la disparition des mares, le recul des zones humides mais aussi les collisions routières. Un autre ennemi, et pas des moindres, le vison d'Amérique. Élevé pour sa fourrure, cet animal importé s'est échappé d'élevages et conquiert depuis la France, occupant la niche écologique du vison d'Europe.

Le programme LIFE finance uniquement la Charente, car la région est indemne du vison d'Amérique alors que la Bretagne, la Normandie, le sud de l'Aquitaine et le Languedoc-Roussillon sont déjà colonisés. L'Europe vient ainsi prêter main forte à l'État français qui finance depuis 2003 des plans nationaux pilotés par l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS).

Tout d'abord, le programme va essayer de connaître un peu mieux la population du vison, ce qui n'est pas simple car c'est un animal très discret vivant la nuit. En mars dernier, les piégeages ont permis de mieux connaître les lieux où l'animal est présent. Six individus en bonne santé ont été capturés, puis relâchés dans le marais de Rochefort, après avoir été pesés, mesurés et pucés afin de les identifier

 Dans un proche avenir, avec l'aide du Groupe de Recherche et d'Étude pour la Gestion de l'Environnement (GREGE), des individus seront équipés d'émetteurs qui permettront de les suivre afin de connaître leurs zones de reproduction.

Le département de la Charente-Maritime a investi dans 30 hectares de terrains, plus propices à l'espèce et préemptera 500 hectares supplémentaires. Les travaux débuteront cet été sur quatre hectares de marais. Des passerelles vont être créées sous les ponts pour inciter les visons à ne plus traverser les routes et des campagnes de piégeages sont prévues pour anticiper une éventuelle colonisation de la vallée de la Charente par le vison d'Amérique ainsi que le raton laveur, lui aussi espèce invasive.

Reste à convaincre les riverains à participer au sauvetage de l’espèce. Les amateurs et professionnels qui traquent les petits carnivores et rongeurs comme le ragondin vont être incités à suivre des formations afin de bien reconnaître l’animal. Et les animateurs du programme ont prévu de sortir le vison de l’anonymat dans lequel il sombre et disparaît sans que les hommes y prennent garde.

Référence

Chauveau, L., (2018). Un programme de sauvegarde pour les derniers visons d'Europe. Repéré sur Sciences et avenir.

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