janv. 14

Mais que signifie vraiment l’équithérapie et à quel public cette thérapie s’adresse -t-elle ?

Mardi 14 janvier 2020, 17:36 Laurent
Cette thérapie s'offre de plus en plus une place de choix, mais notamment en France, elle n'est pas encore couramment utilisée. Mais qu'es ce que c'est exactement ? Sophie Derouaux monitrice à L'ASBL Hippopassion nous éclaire à ce sujet

Cette thérapie s'offre de plus en plus une place de choix, mais notamment en France, elle n'est pas encore couramment utilisée. Mais qu'es ce que c'est exactement ? Sophie Derouaux monitrice à L'ASBL Hippopassion nous éclaire à ce sujet

Vous avez dit équithérapie (ou hippothérapie en Belgique) c’est quoi au juste ? Effet de mode ? Non ! Ce mot ne vous parle peut-être pas, mais pourtant il existe. De plus en plus de médecins prônent l’utilisation de cette technique pour par exemple (et ils sont nombreux) lutter contre la dépression, se ressourcer, relâcher de nombreuses tensions musculaires, et retrouver une estime de soi. Mais bien évidemment, les objectifs de cette thérapie sont légion. Pour y voir un peu plus clair, nous avons contacté l’ASBL Hippopassion (situé en Belgique à Fraiture en Condroz). 

Comment avez-vous eu l’idée de créer L’ASBL Hippopassion ?

Hippopassion a repris en 1996 une ASBL, l’ASBL « La Grange » qui existait dans la région et qui était endettée de plusieurs milliers d’euros. Il tenait à quelques personnes que ce projet ne tombe pas à l’eau et notamment Madame Marie-Claire Senterre encouragée déjà à l’époque par sa fille Géraldine. Ils ont alors créé une nouvelle ASBL, Hippopassion. 1er objectif, effacer la dette accumulée par l’association précédente. Il a fallu pour cela quelques années. Ensuite, créer de nouveaux emplois pour mieux répondre à la demande importante. Voici un petit Historique plus détaillé : 

Créé en 1996, Hippopassion a repris une A.S.B.L. en difficultés financières qui pratiquait l’hippothérapie et l’équitation adaptée à Baugnée (entre Tavier et Berleur). La dette est reprise et un nouveau projet est lancé… Pendant deux ans et demi, l’A.S.B.L. Hippopassion a partagé les installations du manège du Vieux Château à Neuville-en-Condroz. En 1998, le Centre Neurologique et de Réadaptation Fonctionnelle de Fraiture (C.N.R.F.) recherchait un partenariat avec un manège à but social pour élargir les pratiques thérapeutiques auprès de ses patients.

Par ailleurs, Hippopassion avait la volonté d’améliorer le bien-être et le confort des bénéficiaires en cherchant un autre site plus adapté à la population handicapée. Une heureuse rencontre se produit… En juin 1999, Hippopassion déménage dans une nouvelle infrastructure à Fraiture en Condroz.

Le Centre Neurologique et de Réadaptation Fonctionnelle de Fraiture est propriétaire du manège. Leurs patients en revalidation sont suivis en hippothérapie par leurs services de kinésithérapie et d’ergothérapie à raison de 18 heures par semaine.

Hippopassion est responsable de la gestion, de l’exploitation et de la maintenance du manège. Elle possède sa propre clientèle. Une convention lie les deux parties par un bail de longue durée. Un grand chantier de rénovation de l’infrastructure a été entrepris durant l’année 2011 pour améliorer les conditions d’accueil et s’adapter aux évolutions de l’ASBL.

En mai 2014, les activités d’Hippopassion s’étendent sur le site de la Faculté vétérinaire du Sart Tilman à Liège à raison de 3 jours par semaine.

Que signifie faire de l’équithérapie et à quels publics ce type de thérapie s’adresse-t-elle ?

Équithérapie, hippothérapie, médiation équine… sont des termes généraux pas très bien définis. Je préfère plutôt parler d’ergothérapie avec le cheval, de logopédie avec le cheval, de kiné avec le cheval… cela permet de mieux définir le cadre de ce que l’on fait et empêche la confusion du qui peut pratiquer l’Hippothérapie ? Nous nous adressons à toute personne désireuse de faire un travail sur soi, quelles que soient ces difficultés. voici ce que nous proposons comme différentes prises en charge, nos différentes missions :

Accompagnements psycho éducatifs : 

  • l’apprentissage et le développement de toutes les capacités (physiques, intellectuelles et morales),
  • les moyens,
  • les résultats de cette activité de développement,

L’objectif ultime de l’éducation est de permettre à chaque individu en fonction de ses moyens d’affronter sa vie personnelle, de la gérer en étant un citoyen responsable dans la société dans laquelle il évolue, capable de réfléchir par lui-même et éventuellement construire une nouvelle société.

Accompagnements thérapeutiques :

       Rééducation et réadaptation

La rééducation est l’action de rétablir le cours normal de certaines fonctions. Son objectif est de permettre de rétablir ou d’entretenir l’usage d’une fonction atteinte en vue d’améliorer ou de compenser une difficulté motrice ou fonctionnelle. La réadaptation complète le processus de rééducation. Elle vise le développement des possibilités physiques, psychiques et éventuellement professionnelles du bénéficiaire et est la condition d’une réinsertion sociale. Le bénéficiaire va apprendre à tenir compte et à s’adapter à ses nouvelles possibilités. Ces objectifs rejoignent ceux travaillés en séance de (ré) éducation dans un cadre plus traditionnel. Dans un projet d’accompagnement psycho éducatif ou de rééducation, le bénéficiaire est placé dans un réseau relationnel très riche. La dynamique créée en séance individuelle ou collective cherche à permettre au sujet de s’établir comme un membre actif socialement intégré.

Selon la formation de l’éducateur ou du rééducateur et des objectifs spécifiques de la prise en charge, les séances prendront des formes variées.

Dans le cadre des séances d’accompagnement psycho éducatifs, avec le cheval, l’apprentissage de certains savoir-faire et savoir-être indispensables à l’intégration d’un individu dans la société est visé. Des moyens sont alors mis en place pour favoriser l’émergence de certaines habilités ainsi qu’un développement harmonieux de l’être humain. Les objectifs de chaque prise en charge sont définis aux termes d’un bilan approfondi des difficultés, capacités et ressources du bénéficiaire. Parmi ces objectifs nous retrouvons :

  • le développement psychoaffectif;
  • le développement de la communication (primaire, non verbale et verbale);
  • le développement psychomoteur (par ex. : développement du schéma corporel, structuration spatio-temporelle…);
  • la socialisation, l’intégration (par ex. : amener le bénéficiaire à mieux s’intégrer dans la société, intégration d’une personne en difficulté dans un groupe de personnes « valides », développement des interactions sociales dans le groupe…);
  • le développement des fonctions motrices (par ex. : équilibre, musculature, coordination, dissociation des mouvements, contrôle gestuel, relâchement, adaptation du tonus musculaire…)
  • le développement des capacités neuropsychologiques (mémoire, attention, concentration)
Accompagnement en développement personnel ;
Les activités pédagogiques et de loisirs comme par exemple :        

 

  • Equitation adaptée;
  • Psychomotricité avec le cheval ;
  • Équitation;
  • Journées spéciales d’animation et de détente ;
  • Stages pédagogiques en intégration ;
  • ...

Mais ce n’est pas tout Madame Derouaux nous a également fait part que ce centre équestre cache bien d’autres cordes à son arc en proposant notamment toute une série de formations et séminaires ou encore en élaborant des projets de (ré) insertion socioprofessionnelle et d’accompagnements d’étudiants stagiaires. 

Tout le monde peut donc sans exception suivre cette thérapie ?

Oui à partir du moment où la personne est preneuse de faire une activité avec le cheval. S’il n’y a pas d’attrait ou si la personne a trop peur du cheval et ne gère pas ses émotions en sa présence, l’utilisation du cheval n’a pas beaucoup d’intérêt. 

Par exemple, ce début d’année j’ai suivi une petite fille très jeune qui avait des problèmes toniques et posturaux. La mise à cheval était en tout recommandée pour travailler sur son maintien, mais aussi lui apporter une stimulation globale, elle qui était en pleine évolution. Nous avons réalisé quelques séances puis nous avons arrêté la prise en charge. La petite fille n’avait aucun attrait pour le cheval et en avait d’ailleurs surement peur, elle passait la totalité de la séance à pleurer et n’avait qu’une attente, rejoindre sa maman. Continuez ne servait à rien puisque nous ne pouvions profiter du bienfait des mouvements du cheval si elle restait en tension dessus et qu’elle refusait de s’y poser. Nous ne pouvions pas non plus la stimuler, car elle refusait chacune de nos propositions et activités. La prise en charge sera peut-être à nouveau proposée dans le futur quand elle aura un peu grandi et qu’elle sera plus à l’aise de quitter sa maman. 

Avoir des chevaux, c’est bien, encore faut-il trouver des partenaires bien dans leur tête. Comment les choisissez-vous ?

Le choix de nos chevaux est en effet bien complexe. Nous faisons d’abord une analyse de nos besoins : nous faut-il un cheval porteur, qui saute, qui parte seul en extérieur, plus petit pour les enfants, plus grand pour des adultes ... Ensuite nous désignons une ou deux personnes pour rechercher le modèle qui puisse nous correspondre. Il ne devra pas être trop jeune, car il risque d’être trop instable, il ne devra pas non plus être trop vieux pour ne pas risquer une réforme dans les prochaines années. Entre 7 et 12 ans est l’idéal. Il doit déjà être mis au travail et avoir de l’expérience, nous ne pouvons prendre le temps de débourrer un cheval. 

Si un cheval nous parait intéressant, nous envoyons au moins 2 membres de l’équipe le voir. Ils nous font un retour. S’il semble correspondre, nous demandons une période d’essai afin de voir comment le cheval évolue dans les activités qui lui sont proposées chez nous et évaluer si celui-ci est respectueux, à l’aise dans sa relation à l’homme et réagit bien face à un objet ou une situation inconnue. En bref, pas mal de conditions qui rendent souvent cette tâche bien compliquée…

Vous allez peut-être trouver ma prochaine question un peu étrange… Envisagez-vous un jour de proposer des séances avec des ânes ?

Non, cela ne fait pas partie de nos projets. L’âne semble bien différent que le cheval dans son comportement. Nous nous formons beaucoup dans nos connaissances du cheval, mais le travail avec des ânes serait un tout autre projet à mettre en place qui ne fait pas partie de nos objectifs actuels. Nous avons cependant une petite ânesse sur le site du Sart Tilman. Nous l’avons adoptée pour tenir compagnie à notre petit Simba, poney Shetland. Elle nous permet de découvrir cette espèce d’équidé que nous connaissons moins. 

Vous proposez également de nombreux stages et formations en éthologie équine…

Les formations en éthologie équine sont nées du fait d’une grande demande à ce sujet et du fait qu’un membre de l’équipe se soit formé dans ce domaine. La connaissance du cheval est primordiale dans notre profession, autant la partager avec d’autres personnes. Cela reste cependant une partie limitée de notre projet, les accompagnements en séance avec le cheval restant notre mission principale. 

Si vous souhaitez obtenir des informations complémentaires ou sait-on jamais suivre un stage, rendez-vous sur la page Facebook de l’association ou depuis le site internet de l’association. 

 


 



 

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