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Les primates africains désormais menacés par l'huile de palme

Jeudi 6 septembre 2018, 19:22 Laurent
Une récente étude affirme que la production de cette huile végétale entraînera de graves conséquences

Une récente étude affirme que la production de cette huile végétale entraînera de graves conséquences

Selon une récente étude, la production d'huile de palme qui affecte gravement l'Asie depuis plusieurs décennies et qui est la principale cause du déclin des orangs-outans (qui sont au bord de l’extinction) est sur le point de s'étendre jusqu'au continent africain. Cette huile est malheureusement incontournable dans notre quotidien : il s'agit de l'huile végétale la plus répandue à travers le monde. L'étude en question publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, menée par plusieurs scientifiques de pays différents cherche à alerter que l'arrivée de cette menace en Afrique est bien réelle. 

L'huile de palme est utilisée un peu partout. Nous la trouvons dans la moitié des produits emballés au supermarché, les produits alimentaires ou encore dans les cosmétiques allant jusqu'aux produits d'entretien et même certains carburants ! La demande de production ne cesse d'affluer à travers le monde. 

Pour être plus précis, il faut savoir que 85 % de cette huile provient de l'Asie du sud-est. Selon plusieurs études, il faudrait 50 millions d'hectares supplémentaires pour pouvoir satisfaire cette production mondiale d'ici 2050. Comme les surfaces disponibles sont de plus en plus restreintes à la plantation de palmiers où elle en est extraite, les industriels se dirigent désormais vers l'Afrique... 

Cette idée de produire de l'huile de palme sur le continent africain n'est pas le fruit du hasard. En effet, le continent a été soigneusement sélectionné du simple fait de l'abondance des écosystèmes adaptés à la culture de l'huile de palme. Parmi les pays qui utilisent déjà ce produit depuis plusieurs années l'on retrouve : le Nigéria, le Kénya ou encore le Bénin.  Mais la demande pourrait monter en flèche, ce qui mènerait à l'extension des zones de cultures affectant tout le continent. Cette action ne sera pas sans conséquence sur la faune africaine. Car, au même titre que les orangs-outans qui souffrent gravement de la déforestation, les singes africains sont tristement logés à la même enseigne. Pour preuve : 37 % des espèces vivants sur le continent sont classées comme "menacées d’extinction" sur la dernière liste publiée par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).

Giovanni Strona, principal auteur de la nouvelle étude déclare : 

"Les primates sont de bons indicateurs de la santé d’un écosystème, car ils jouent un rôle clé dans la dispersion des graines. Leur présence est souvent corrélée avec la diversité de la flore et la présence d’autres animaux". 

Les primates restent les premières victimes des activités humaines qui modifient le bon fonctionnement de nombreux écosystèmes. 

Les chercheurs ont alors élaboré une simulation de deux cartes superposées montrant d'une part les zones d'Afrique pouvant "recevoir" la culture de l’huile de palme et les zones où vivent des primates menacés. En Afrique sub-saharienne notamment, les deux cartes se superposent, dans les régions proches de l’équateur où les forêts profondes sont nombreuses. 

D'après l'étude "seulement" 130.000 hectares permettraient de cultiver de l’huile de palme sans trop impacter les zones où vivent les primates. Ce qui représente 0,005 % de toute la surface du continent africain. Tout en prenant en considération toutes les zones au minimum adéquates à la culture des palmiers, à peine 3,3 millions d'hectares de surface pourraient être utilisés pour produire de l'huile sans mettre en danger les populations de primates, soit 6,2 % des 53 millions d'hectares requis pour satisfaire la demande d'ici 2050. 

Même la destruction potentielle de l'habitat des primates pour cultiver des palmiers mettrait encore plus en péril les espèces déjà fortement menacées par la destruction de leur habitat naturel, la chasse et le braconnage.

Les chercheurs appellent à une responsabilité individuelle, ainsi qu’aux états concernés pour limiter au maximum la déforestation à grande échelle. Ces experts invitent chaque citoyen du monde à changer ses habitudes de consommation. 

L'initiateur de l'étude a ainsi conclu : 

"On voit déjà un changement, beaucoup de gens commencent à réaliser que leur attitude peut avoir un effet sur des écosystèmes vulnérables. Nous espérons que nos résultats vont être un nouveau pas dans la bonne direction."

Référence

Domas, K., (28/08/2018). La culture de l’huile de palme menace aussi les primates africains. Repéré sur Gentside.

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