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Les gorilles et chimpanzés victimes d'un trafic de crânes au Cameroun

Lundi 12 novembre 2018, 08:12 Laurent
Un trafic en plein essor...

Un trafic en plein essor...

En Mai dernier, la découverte de nouvelles populations de gorilles et chimpanzés (dans des zones non-protégées) a fait naître un immense espoir à la communauté scientifique du Cameroun. (cf. Les gorilles des plaines de l'ouest plus nombreux qu'annoncé mais toujours vulnérables).

Oui, ces grands singes sont plus nombreux que prévu, mais une autre réalité sinistre se cache derrière cette nouvelle... En plus d'être victimes du commerce de viande de brousse depuis plusieurs années, ces primates sont également prisés pour leurs crânes et autres sous produits. Le président de l'association Gorilla Fabrice Martinez et d'autres ONG lancent un appel à l'attention des autorités camerounaises afin d'agir le plus vite possible pour tenter d'intercepter d'éventuels réseaux de trafiquants. Force est de constater que la situation va de mal en pis, puisque le trafic de grands singes arrive à la même position que  celui de l'ivoire... 

En effet, des réseaux internationaux financent les chasseurs en leur fournissant des moyens de locomotion comme des motos et toute une panoplie d'armes de pointe. Ce trafic est également facilité par un vaste réseau  de chemins d’exploitation forestière et agro-industrielle, et par une frontière poreuse entre le Nigeria et le Cameroun.

En 2015 et sur une période de seulement quatre mois, les brigades camerounaises de lutte contre le braconnage et le trafic illégal ont seulement pu intercepter 22 trafiquants après plusieurs opérations à travers le pays, y saisissant alors 16 membres de grands singes, 24 têtes de gorilles et 34 crânes de chimpanzés. Ce qui représente seulement 10% du trafic... 

Les découvertes de nouvelles populations sont encourageantes, mais si nous analysons l'ampleur de ce trafic, les scientifiques y découvrent un nombre affolant de grands singes morts plus que de vivants, vendus tous les ans par l'intermédiaire de trafics d'espèces régionaux ou mondiaux.  

Le trafic de viande de brousse est déjà très élevé mais ce sont donc essentiellement les parties du corps qui restent les plus demandées, notamment en Chine ou encore aux Etats-Unis qui sont en majorité la destination de ce trafic... Mais la demande explose également au Cameroun et dans les pays du littoral ouest-africain du fait de  diverses croyances, par exemple que leurs os et tissus possèdent des vertus médicinales et magiques. Les villageois y font alors bouillir les os des gorilles, et obtiennent alors un liquide qu'ils font boire aux bébés croyant qu'après le leur avoir donné, les nourrissons pourront obtenir la force d'un gorille rendant ainsi leurs "os plus solides". 

Ainsi, avec toutes ces demandes, les grands singes vivants dans ces régions ont un avenir incertain accélérant tristement le taux de  leur extinction...  Fini le temps "des simples braconniers" qui chassaient pour gagner de l'argent en vendant de la viande de brousse sur un marché local. Les autorités sont face à des groupes bien organisés, connaissant mieux les forêts denses que les gardes forestiers et les forces de sécurité.  Ainsi les trafiquants obtiennent facilement ce qu'ils souhaitent en se déplacent aisément à l'aide de leurs motos importées par la Chine sur des chemins forestiers accidentés et non surveillés pour chasser les grands singes, et transporter ainsi leurs membres sans se faire repérer en quittant le pays. 

Il faut également savoir qu'il est très difficile de localiser les populations de ces gorilles camerounais, et que de plus, il n'existe actuellement pas d'inventaire. Certains préconisent qu'un inventaire soit enfin établi permettant  un calcul plus précis des populations restantes. 

Il est donc souhaitable qu'un meilleur contrôle de ce trafic soit effectué, sinon, les gorilles et chimpanzés auront disparu des forêts camerounaises dans peu de temps... 

Photo : Sylviane Verstreken


 

 

 

 

 

 

 

Référence

Martinez, F., N., E., (2017). Le trafic de crânes et de membres met en péril l'avenir des grands singes au Cameroun. Repéré sur L'association Gorilla.

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