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Les éléphants des forêts africaines ne sont plus en sécurité

Lundi 13 août 2018, 19:27 Laurent
Les braconniers s'aventurent désormais dans les forêts les plus denses pour s'emparer de l'ivoire

Les braconniers s'aventurent désormais dans les forêts les plus denses pour s'emparer de l'ivoire

Les braconniers n'ont plus peur de rien : Ils s'aventurent désormais dans les forêts les plus denses pour  récupérer ce trésor qui vaut de l'or : l'ivoire... Et ce trafic illégal est en cruelle expansion. Le prix de l'ivoire s'élève de 150 à 250 dollars le kilo, soit 10 fois plus qu'en 2004. Ce qui représente pour les communautés locales une somme astronomique. Cette hausse des prix a suscité ces dernières années une véritable ruée vers l'ivoire. Les éléphants d’Afrique sont gravement menacés par ces activités au point qu'aujourd'hui, ils ne sont plus en sécurité nulle part, rapporte le WWF.  L'ONG ajoute que le commerce illégal des espèces sauvages occupe désormais la 4e place des plus grands trafics mondiaux après le trafic de drogue, la contrefaçon et la traite d’êtres humains. 

Pour prendre conscience de l'impact de la situation, Pauwel De Wachter, coordinateur du projet TRIDOM (Paysage trinational Dja-Odzala-Minkébé) et expert pour le WWF depuis plus de 20 ans,  explique ce que nous pouvons faire à notre échelle pour tenter d'enrayer ce terrible trafic et les causes majeurs du déclin. Il est important de savoir qu'en seulement 8 ans, la population d'éléphants a chuté de 66%. 

L'expert explique également le terrible procédé qu'utilisent les braconniers pour obtenir notamment les défenses des pachydermes : 

« Le Cameroun, la République du Congo et le Gabon sont assaillis par les braconniers d’éléphants et la mafia de l’ivoire. Les éléphants qui survivent encore dans ces pays sont constamment chassés et tués de façon cruelle. Les braconniers utilisent généralement des AK-47 ou des flèches empoisonnées, des armes qui blessent l’animal mais le ne tuent pas immédiatement. Une fois l’éléphant blessé et à terre, les braconniers coupent les tendons de l’animal de façon à ce qu’il ne puisse plus s’enfuir, le condamnant à une mort atrocement douloureuse. Et afin que l’éléphant se vide plus vite de son sang, les braconniers s’emploient également à couper sa trompe, très sensible.

Le braconnage est la principale cause de la disparition massive des éléphants de forêt, et le commerce de l’ivoire s’est intensifié au cours de la dernière décennie à tel point qu’il constitue aujourd’hui un véritable crime organisé et professionnalisé. Après avoir tué un éléphant, les braconniers, qui agissent soit sur demande soit de leur propre initiative, revendent leur prise à un trafiquant intermédiaire. Celui-ci transporte l’ivoire brut, souvent dissimulé dans diverses marchandises telles que des fèves de cacao ou dans des compartiments cachés dans des camions ou même des taxis, et le revend ensuite à d’autres contrebandiers qui l’expédient en Asie - qui constitue de loin le plus grand marché de l’ivoire. La plupart du temps, ceux qui organisent le braconnage localement et revendent l’ivoire ne se rendent pas sur le terrain. Ils recrutent des braconniers locaux, leur livrent des armes et le matériel nécessaire et empochent ensuite la plupart des bénéfices. Les braconniers courent donc de grands risques tandis que les leaders et les principaux acteurs de ce trafic sont plus difficiles à repérer et à arrêter.

Lorsque des braconniers ou des trafiquants sont arrêtés, ils ne sont pas forcément condamnés par la suite. Il arrive par exemple que des braconniers et des trafiquants d’ivoire présentent de faux certificats médicaux pour éviter la prison. Lorsqu’une peine d’emprisonnement est prononcée mais qu’elle est de trop courte durée, les chances de récidive sont très élevées. À cela s’ajoute un vaste problème de corruption qui touche autant les rangers, la police, la justice que les autorités.

Malgré les efforts des autorités locales et nationales pour enrayer le braconnage, la quasi-totalité des zones protégées sont en sous-effectif et manquent de financement, de sorte qu’une gestion et une protection efficace contre le braconnage s’avèrent très compliquées. Il est en outre crucial que les pays voisins travaillent ensemble pour développer des corridors sécurisés entre les différentes zones protégées car les animaux ne connaissent pas la notion de frontière. Prenons l’exemple de ce troupeau d’éléphants en République du Congo qui bénéficiait de la protection de 16 rangers financés par le WWF et qui après avoir traversé la frontière du Cameroun, a soudainement manqué de protection. C’est à cet endroit qu’ont été retrouvées 13 carcasses d’éléphants, appartenant vraisemblablement à cette même population.

Les éléphants de forêt jouent un rôle essentiel au sein de l’écosystème africain. Ils se nourrissent d’une grande quantité de fruits et répandent de cette manière de lourdes graines. Sans les éléphants, ces graines ne seraient plus disséminées et la forêt se métamorphoserait. Un grand nombre d’arbres ne seraient en outre plus en mesure de se régénérer.

L'expert énumère des solutions pour permettre une meilleure protection des éléphants : 

1) Prévenir le braconnage en investissant dans des patrouilles de terrain afin de protéger au mieux les éléphants. Cela implique donc le recrutement de rangers entraînés et motivés. Il est également important de créer de nouvelles zones protégées, qui soient efficacement gérées et protégées, et d’améliorer la connectivité entre les zones existantes.

2) Améliorer la législation actuelle et son application pour des sanctions plus sévères et efficientes. Les récidives sont malheureusement fréquentes lorsque les peines prononcées sont trop faibles.

3) Investir dans le renforcement du réseau d’informateurs pour faciliter l’échange d’informations sur le terrain et procéder à des arrestations plus ciblées.

4) Combattre la corruption. Trop nombreux sont les criminels qui obtiennent de très faibles peines ou sont libérés après avoir versé des pots-de-vin.

5) Stimuler la collaboration entre les autorités et les institutions juridiques au-delà des frontières pour aligner le niveau de protection des zones naturelles et le type de sanctions qu’encourent les braconniers et les trafiquants, et améliorer les poursuites transfrontalières.

6) Investir dans la sensibilisation des populations locales, notamment par le biais des médias et du système scolaire, afin de les conscientiser à l’importance des éléphants et des zones naturelles où ils vivent.

7) Investir dans le développement socio-économique des populations locales et y associer la protection des éléphants et des zones naturelles afin de réduire le pouvoir d’attraction de l’argent du braconnage et démontrer les avantages économiques de la protection des éléphants. Les populations locales doivent en outre être impliquées au maximum dans la protection et la gestion de ces zones.

8) Les autorités doivent investir davantage dans l’amélioration du système carcéral. Les prisons d’Afrique centrale possèdent une capacité réduite et sont saturées de braconniers et de trafiquants d’espèces sauvages. Il existe un besoin évident de créer de plus grandes prisons et d’élaborer des systèmes de réhabilitation pour permettre par exemple aux prisonniers de développer des compétences dans d’autres domaines et éviter ainsi qu’ils ne retombent dans le braconnage une fois libérés.

9) Réduire la demande d’ivoire par des actions de sensibilisation au sein des plus grands pays consommateurs, qui se trouvent principalement en Asie.

10) Assurer un meilleur contrôle des principales portes d’entrée des produits issus du trafic illégal d’espèces sauvages dans les pays de transit (en Europe notamment). »

Le WWF oeuvre depuis de nombreuses années pour appliquer ces solutions en collaboration d'autres ONG et des gouvernements  mais aujourd'hui l'ampleur du problème étant vaste, l'ONG plaide pour qu'une volonté politique plus forte soit mise en place, pour mettre un terme à ces massacres. 

 

   

Référence

WWF-Belgique, (09/08/2018). Les éléphants de forêts d'Afrique ne sont plus en sécurité nulle part. Repéré sur WWF-Belgique.

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