mars 30

Le WWF répond à nos questions !

Samedi 30 mars 2019, 18:09 Laurent
"Si on ne fait rien, la production mondiale de plastiques pourrait augmenter de 40% d’ici 2030 !"

"Si on ne fait rien, la production mondiale de plastiques pourrait augmenter de 40 % d’ici 2030 !"

Depuis plus de cinquante ans le WWF ne cesse de nous alerter sur les dangers qu'encourt notre planète et d'établir des solutions concrètes afin que l'humanité puisse vivre en harmonie avec la nature. Son dernier rapport "Planète vivante" publié en 2018 dresse un constat alarmant sur la santé de la planète. En 40 ans seulement (depuis 1970) nous avons perdu 60 % des populations sauvages. Les nombreuses activités humaines épuisent nos forêts, ce qui a notamment d'importantes répercussions sur le climat et nos océans. Alors aujourd'hui, est-il possible d'enrayer la situation ? Le WWF nous en dit plus. Rencontre. 

  Ce 15 Mars s'est déroulée la grève mondiale en faveur du climat. Pensez-vous que le monde a entendu le message et que ce type de manifestation doit perdurer ?

Plus de 120 pays ont participé à cette grève mondiale pour le climat. L’événement a mobilisé des centaines de milliers de personnes à travers le monde. C’est un signal très positif. Les citoyens sont conscients des enjeux et de l’urgence climatique. Ils réclament des mesures fortes pour maintenir une planète viable pour les générations futures. Ces manifestations doivent perdurer jusqu’à ce que les autorités politiques ne fassent plus la sourde oreille. Il est temps que le climat soit la priorité N°1 sur le plan belge et international car c’est une problématique qui ne connait pas de frontière.

 Pensez-vous que les politiques vont développer plus rapidement une politique climatique qui se veut plus forte ?

Plus de la moitié des Belges souhaitent une loi climat contraignante selon un sondage de Sign For My Future. Les élections approchent. Tous les partis politiques se saisissent du sujet car ils savent que les électeurs tiendront comptent de leurs propositions dans l’isoloir. Une enquête de RTL nous apprenait récemment que plus de 50 % des Belges orienteront leur choix en fonction des programmes des partis sur l’environnement. Pourtant, le gouvernement fédéral a bloqué la Loi Climat et la renvoie à la prochaine législature. C’est une insulte aux dizaines de milliers de jeunes et citoyens qui ont défilé dans les villes du pays depuis le début du mois de décembre.

La Belgique continue à être à la traîne sur les enjeux environnementaux, un revirement de situation est-il possible ?

La Belgique va manquer ses objectifs de réduction de CO2 de 25 % en 2030. Les trois points noirs sont le logement, la mobilité et l’alimentation. Aujourd’hui, la fiscalité belge encourage les énergies fossiles. Une étude du WWF publiée en février 2019 démontrait que l’Etat distribue chaque année au moins 2,7 milliards d’euros d’avantages fiscaux pour les énergies fossiles. L’Etat soutient 5 fois plus les voitures de société que les transports publics, par exemple ! C’est un avantage inéquitable puisque seulement 13 % des ménages belges bénéficient d’une voiture de société. La Belgique doit changer de modèle et opérer la transition vers une économie bas carbone. Selon une étude du SPF Santé Publique de 2016, ce changement pourrait être porteur de 80.000 emplois en 2030.

Certains combats sont-ils perdus ?

La dernière édition du rapport Planète Vivante du WWF constate la disparition de 60 % des populations de mammifères, oiseaux, reptiles, poissons et amphibiens depuis 1970. L’être humain est responsable de cette destruction massive. Nous ne récupérerons pas ces animaux mais nous pouvons préserver ceux qui restent. Les forêts sont aussi fortement mises sous pression. Chaque minute, l’équivalent de 40 terrains de football de forêt tropicale disparaît dans le monde pour assouvir notre consommation de matières premières (soja pour nourrir le bétail, cacao, café, huile de palme, bois, caoutchouc…).

En l’occurrence, l'accord de Paris est devenu obsolète, non ?

Bien sûr que non ! L’accord de Paris est historique. Rester sous le seuil de 2°C de réchauffement (et même 1,5°C) est le premier objectif contraignant que la grande majorité des pays du monde a adopté. En janvier 2021, l’accord entrera en vigueur. Les discussions sur le processus et la manière d’y arriver se poursuivent. Les pays doivent encore augmenter leurs ambitions. Les plans climatiques actuels nous mènent vers un monde avec un réchauffement de 3,5° (contre 5° si on ne fait rien). C’est beaucoup trop mais nous avons des raisons d’être optimistes. Les mentalités bougent très rapidement. Le dernier rapport du GIEC a eu l’effet d’un déclic. Toutes les manifestations qui ont lieu dans le monde mettent la pression sur les politiques. Les prix des énergies renouvelables sont en train de diminuer fortement. Des solutions émergent dans les secteurs de l’alimentation, de la mobilité et du logement mais il faut élargir l’échelle. Et pour y arriver, il faut inciter une fois de plus les politiques et le secteur financier.

Dans l'un de ces derniers rapports, le WWF alerte sur la fabrication excessive de plastique, trier les déchets est nécessaire mais insuffisant aujourd'hui. Une législation "anti-plastique" serait-elle une alternative ?

Aujourd’hui, les chiffres sont alarmants avec 310 millions de tonnes de déchets plastiques produits en 2016. Un tiers de ces déchets se retrouvent dans la nature et les océans. Si on ne fait rien, la production mondiale de plastiques pourrait augmenter de 40 % d’ici 2030. Les mesures mises en place en Belgique comme l’interdiction des sachets en plastique à usage unique est un bon début mais c’est insuffisant. Pourtant, un monde sans plastique est possible ! Les gouvernements doivent négocier un traité international juridiquement contraignant pour mettre fin à la pollution plastique dans les océans. Il faut éliminer les additifs toxiques qui freinent le recyclage. Les entreprises doivent s’engager à réduire le plastique et mettre sur le marché des matériaux recyclés.

De nouvelles aires protégées pourraient-elles voir le jour ?

Nous avons besoin de beaucoup plus d’aires protégées pour arrêter le déclin de la biodiversité mais aussi pour arriver à réaliser les objectifs climatiques. Il faudra en même temps veiller à ce que les mesures de protection pour les aires protégées actuelles soient efficaces. Dans le rapport Planète Vivante du WWF, nous avons vu que protéger la nature à travers des aires protégées (notamment en Europe avec le réseau Natura2000) aide à arrêter le déclin de la biodiversité. Certaines biologistes disent que la nature a besoin de la moitié du monde. Avec une agriculture plus efficace et une diminution de la consommation de viande, ça pourrait être envisageable.

Un message à faire passer à nos lecteurs ?

Vous pouvez être acteurs du changement dans votre vie quotidienne ! Sur le plan de la mobilité, laissez votre voiture au garage pour les courtes distances. Prenez le train plutôt que l’avion lorsque vous partez en vacances en Europe. Concernant votre alimentation : limitez votre consommation de viande et privilégiez les circuits courts.

Le 5 Avril prochain, ne manquez pas la première saison du documentaire : "Notre planète" (qui a bénéficié de la collaboration du WWF) sur Netflix qui vous fera découvrir dans un premier temps, la beauté du monde, tout en mettant en lumière l'impact du réchauffement climatique sur la biodiversité. 

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