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La cybercriminalité met en péril certaines espèces menacées d'extinction

Vendredi 25 mai 2018, 19:27 Julie
Un trafic à grande échelle qui menace la faune sauvage

Un trafic à grande échelle qui menace la faune sauvage

Tortues, perroquets, rapaces, boas, alligators, guépards, tigres, ours, antilopes, requins, hippocampes, éléphants, rhinocéros... Ils sont tous touchés par ce trafic à grande échelle, d’animaux vivants ou de parties de leur corps, qui s’opère sur Internet.

C'est l'ONG, International Fund for Animal Welfare (IFAW), qui s'emploie à secourir et à protéger les animaux dans le monde, qui révèle l’ampleur et les dangers du trafic en ligne d'animaux en publiant les résultats d'une enquête, le mercredi 23 mai 2018.

L'ONG a mené une veille sur cette question à partir de 2004 et a décidé de se focaliser sur l'Allemagne, le Royaume-Uni, la Russie et la France afin de collecter des données aussi complètes que possible. C'est ainsi que dans l'étude débutée en septembre 2017, et qui a duré six semaines, le concours d'enquêteurs a passé au crible les annonces et les messages en ligne, et les résultats sont impressionnants : sur les seuls quatre pays retenus et en seulement un mois et demi, ont été recensés 5 381 annonces et messages portant sur 11 772 spécimens d'animaux vivants ou produits dérivés d’espèces pourtant protégées. En effet, l'IFAW ne s'est attaché qu'aux animaux dont la vente et l’achat sont soit interdits, soit strictement réglementés par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvage menacées d’extinction (Cites).

- 80 % des offres concernent les spécimens vivants : les reptiles (alligators, tortues ou serpents), mais aussi les oiseaux (perroquets, rapaces, toucans, oies) ce qui représente très bien l'engouement pour les nouveaux animaux de compagnie (NAC) exotiques.

- 11 % du panel est plus intéressé par les objets en ivoire provenant de défenses ou de dents d’éléphants, hippopotames, baleines ou morses.

- Des mammifères, ou des parties de mammifères représentent 5 % des offres : des félins (guépards, léopards, lions ou tigres) sous forme de spécimens empaillés, de fourrures et de peaux, de la corne de rhinocéros, des pieds, de la peau ou des poils d’éléphant, mais aussi des animaux vivants. Par exemple, en Russie, il est possible de se procurer des ours ou différents primates (tamarins, lémuriens, ouistitis, orangs-outans). 

Il est même possible de commander des coraux, des hippocampes, des requins, des tritons ou encore des salamandres.

L’Allemagne constitue plus de la moitié de ce marché (6 329 spécimens mis en vente), devant le Royaume-Uni (2 456), la France (1 915) et la Russie (1 072). 

Chaque pays a ses "préférences" : le commerce de produits en ivoire se déroule plutôt en France (38 % du total), en Allemagne, ce sont les tortues les plus prisées (65 %), contre 32 % au Royaume-Uni. Mais la Russie, elle, est plus attirée par la vente d'animaux vivants : des aigles des steppes aux jaguars en passant par les yacks sauvages, les ours ou les antilopes saïga.

L'ensemble des annonces identifiées représente une valeur de 3,9 millions de dollars (environ 3,3 millions d’euros). Pour Céline Sissler-Bienvenu, directrice de l’IFAW pour la France et l’Afrique francophone :

 "Internet est devenu le premier marché du monde, ouvert sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ce qui démultiplie la possibilité de commerce illicite d’espèces sauvages ".

Il ne s'agit pourtant que de la partie émergée de l'activité, car beaucoup d'annonces ont probablement échappé aux enquêteurs qui ne peuvent accéder qu'aux sites de vente en ligne en accès libre ou, sur les réseaux sociaux, les publications non protégées par des paramètres de confidentialité. De plus, certaines offres d'animaux ou de produits d'animaux sont totalement licites, et c'est même la complexité de la règlementation qui permet à ce commerce de prospérer sur la Toile. Toujours selon Céline Sissler-Bienvenu, c'est "en incitant les entreprises du secteur à mettre en place un contrôle strict et en informant les utilisateurs de la situation critique des espèces concernées, que l'on peut obtenir des résultats positifs", d'ailleurs, en France, le nombre de perroquets gris du Gabon proposés à la vente a chuté depuis 2017, grâce à la surveillance exercée par le site Leboncoin.

 Le "marché virtuel" alimente, dans le monde réel, le braconnage et le massacre de la faune sauvage. L’IFAW rappelle ainsi qu’en dix ans, plus de 7000 rhinocéros ont été tués pour leur corne, et chaque année, plus de 20 000 éléphants sont abattus pour leur ivoire.

C'est ainsi qu'en novembre 2017, la Cites a mis en place un groupe de travail sur la cybercriminalité. Puis, en mars 2018, 21 sociétés du numérique, du commerce électronique et des réseaux sociaux ont rejoint une "coalition mondiale contre le trafic d’espèces sauvages en ligne", menée par trois ONG, le WWF, IFAW et Traffic, avec pour objectif de réduire de 80 % ce commerce sur leurs plates-formes d’ici à 2020. 

Le but final étant de "briser la chaîne du trafic de ces espèces menacées", selon le directeur général de l'IFAW.

Référence

Le Hir, P., (2018). Tortues, perroquets, rapaces… la faune sauvage victime de la cybercriminalité. Repéré sur Le Monde.

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