juin 5

À Antibes, des centaines de kilos d'ivoire détruits

Mardi 5 juin 2018, 20:36 Julie
Le but de cette opération est de tarir un marché encourageant le braconnage

Le but de cette opération est de tarir un marché encourageant le braconnage

Le Fonds International pour la Protection des Animaux (IFAW) et l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) souhaitent faire cesser un marché qui encourage le braconnage des éléphants. C'est ainsi qu'ils ont accompli "un geste fort en faveur de la protection des éléphants" en détruisant plus de 600 kg d'ivoire. Des défenses d’éléphant, dont une paire de « trophées » de 120 kg, des statuettes, sculptures, bracelets, colliers et objets décoratifs, le tout a fini dans un concasseur, mercredi 30 mai à Antibes (Alpes-Maritimes), les débris ont ensuite été incinérés.

En février 2014 déjàla France avait détruit trois tonnes d’ivoire au pied de la tour Eiffel. Depuis, l’IFAW a procédé par lui-même à plusieurs destructions, notamment celle d’un lot d’une demi-tonne, le 24 avril à Reims. L’ONG, qui œuvre à la protection des animaux et de leurs habitats, a en effet relancé début février son opération #jedonnemonivoire. Selon la porte-parole de l'IFAW , qui a collecté auprès de particuliers, sensibilisés par une campagne d’information sur les réseaux sociaux, de nombreuses pièces en ivoire brut ou travaillé :

"C'est un acte symbolique. Il s’agit d’empêcher que cet ivoire ne se retrouve sur le marché, car son commerce encourage le braconnage des éléphants. Nous n’avons pas besoin d’ivoire. Les éléphants, si !"

À Antibes, I’ONG n’a apporté que 78 kg à broyer. L’ONCFS a fourni l’essentiel du stock, soit plus de 500 kg : il s’agit de montrer qu’il ne défend pas seulement les intérêts des chasseurs, comme le lui reprochent ses détracteurs, mais qu’il lutte aussi contre les trafics d’animaux sauvages. À cet effet, l'établissement dispose d'un peu plus de 1100 inspecteurs de l’environnement, en métropole et en Outre-mer, ainsi que d’une brigade spécialisée de cinq agents chargés de faire respecter la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites).

La plupart des pièces réunies proviennent de saisies réalisées depuis 2014, en collaboration avec la gendarmerie ou les services des douanes des aéroports ainsi que des ports, alors que des trafiquants s’apprêtaient à les faire entrer sur le territoire national ou à les en faire sortir. D’autres ont été confisquées lors d’opérations de police judiciaire, dans le cadre d’enquêtes sur des réseaux.

Le cours de l'ivoire a légèrement chuté depuis que la Chine a décidé d'en bannir le négoce à compter du 1er janvier 2018, sa cote approchait 2 000 euros le kilo en 2014, elle était trois fois moindre en 2017. Mais le trafic d'ivoire reste tout de même très rentable.

L’Union européenne est concernée au premier chef, puisqu’elle est devenue le premier exportateur vers l’Asie. Comme d’autres pays, la France, du fait de son passé colonial avec l’Afrique, en a accumulé de grandes quantités. Depuis 2016, l’État a durci la réglementation : la vente et l’achat d’ivoire brut sont désormais strictement interdits, de même que ceux de cornes brutes de rhinocéros. Il subsiste en revanche des dérogations pour les objets en ivoire façonnés avant 1947 (ce sont alors des antiquités) ou, sous certaines conditions, pour ceux fabriqués avant 1975, année d’entrée en vigueur de la Cites. Selon l'IFAW :

"Distinguer l’ivoire légal de l’ivoire illégal est très difficile. Le commerce licite permet de blanchir l’ivoire illicite. Le stock détruit à Antibes ne constitue que la partie émergée d’un trafic auquel Internet a donné une nouvelle ampleur, ajoute Loïc Obled. Notre message est simple : mettre en vente de l’ivoire brut ou des objets travaillés alimente un marché qui conforte les filières mafieuses et le braconnage des éléphants. Il faut l’assécher pour protéger la biodiversité."

Chaque année, plus de 20 000 pachydermes sont tués pour leur ivoire. En Afrique, la population des éléphants a décliné de 30 % entre 2007 et 2014, pour tomber à 350 000 individus. Leur nombre était estimé à 1 million dans les années 1970 et à plus de 20 millions avant la colonisation européenne.

 

 

 

Référence

Le Hir, P., (2018). Plus de 600 kilos d’ivoire détruits à Antibes. Repéré sur Le Monde.

Articles similaires